Youssouf Fofana, fondateur de la marque Maison Château Rouge, parrain de la promo 2018 !


Youssouf était présent pour les soutenances de fin d’études de nos étudiants de 3ème année et nous en avons profité pour lui poser quelques questions…



Tu as un parcours atypique... de salarié en informatique à entrepreneur dans la mode ! Comment s'est fait la transition ? Rappelle-nous comment a démarré l'histoire Maison Château Rouge.

Au départ j’ai commencé à travailler au Crédit Coopératif, à l’informatique, j’ai rencontré de nombreux acteurs de l’économie sociale et solidaire, à la fois des entreprise mais aussi des associations tel que le mouvement des Colibris, Médecins sans Frontière, La Croix Rouge Française. C’était des clients pour qui je travaillais. J’ai compris à ce moment là que je voulais faire partie d’un projet engagé, pour moi cela allait de soi, c’était logique. C’est une démarche qui allait donner du sens à ma vie, à ce que je suis, d’où je viens…

Ensuite j’étais dans une start-up Web et on faisait des réseaux sociaux pour les grandes écoles, on était partenaires d’un concours d’entrepreneuriat pour les jeunes étudiants.

J’ai donc rencontré des entrepreneurs, de jeunes étudiants et j’ai réalisé que finalement ça n’était pas si dur que ça de monter une entreprise, alors que pour beaucoup c’est quelque chose qui à l’air d’être hyper gros et hyper compliqué. Je me suis rendu compte que c’était souvent des personnes qui venaient des mêmes écoles, des profils écoles de commerce. Et je pense qu’on leurs apprenait ce truc de la prise de risque et de la confiance en soi. C’est quelque chose de très important avec le fait de bien comprendre l’environnement dans lequel on évolue.

Je m’aperçois que chaque étape de ma carrière professionnelle m’a amené à entreprendre.

Donc je me dis OK, je suis français, je suis parisien, je vais faire un projet avec un impact en Afrique mais je veux aussi avoir une empreinte locale et c’est pour ça que je m’installe dans le quartier de Château Rouge.

J’achète mes tissus chez le commerçant du quartier et je produis à Paris. C’est comme ça que petite à petit la marque se créer. Sans penser que ça allait être une marque durable, je pensais que j’allais faire 100 pièces et je vais financer un projet au Sénégal et en fait ça a pris hyper vite !


Comment définirais-tu le concept de Maison Château Rouge? Quels sont les clés de son succès ?

Je ne sais pas si on peut parler de concept… En fait c’est une marque qui me ressemble. C’est une marque qui est parisienne, par son nom, on connait tous Château Rouge, mais ce que les gens ne savent pas c’est qu’en Afrique, tout le monde aussi connait Château Rouge ! C’est un quartier qui est emblématique. Donc ça parle à la fois à un africain mais aussi à un européen, un français…

Et à l’international, Maison Château Rouge ça sonne très élégant, très Maison de Couture. Tout ça à très vite créer quelque chose qui a été assez fort pour qu’on ai des retombées presse et tout un capital sympathie qui s’est installé autour de la marque, de son image et de la communication et qui font aujourd’hui son succès.

Et on a eu aussi la chance d’avoir fait un produit en phase avec le temps et la tendance. Il a fallu trouvé cet équilibre. A la fois en utilisant ces tissus très colorés, avec beaucoup de motifs et une coupe plus urbaine, plus « sport » parce que c’est hyper tendance. Mais surtout, d’être sur un projet engagé, parce qu’aujourd’hui, les consommateurs sont de plus en plus regardant sur ce qu’ils achètent, la manière dont ils consomment et la dimension éthique prends de plus de place dans l’acte d’achat.


MCR n'est pas un simple business mais une vraie volonté d'engagement pour votre frère et vous. Parles nous de votre association Les Oiseaux Migrateurs.

J’étais frustrer d’assister impuissant a l’inégalité. C’est pour gérer ces frustrations qu’on décide avec mon frère de lancer en 2014 une association qui s’appelle les Oiseaux Migrateurs qui a pour objectifs de participer au développement d’entreprises en Afrique.

Nos parents sont venus en France dans les années 70-80 , depuis qu’ils ont un salaire, ils envoient une grande partie de leur salaire au village pour aider les familles restées sur place. Et nous, une fois qu’on a été en âge de travailler, on a aussi cotisé pour participer. C’est bien mais ça a aussi des côtés négatifs qui font que la population locale est dépendante de la diaspora, et ça c’est un gros problème aujourd’hui parce qu’il y a énormément de chômage. Ensuite on connait la situation de l’Afrique et même s’il y a beaucoup d’associations et d’ONG sur place, il n’y a pas beaucoup d’évolution.

En creusant, on a compris que l’un des leviers pour une croissance et développement social et économique durable, c’est l’entreprenariat. En créant des entreprise et en transformant des matières premières, on créé de l’emploi et ensuite ça créer un cercle vertueux. C’est donc le but des Oiseaux Migrateurs.

Au départ je devais financer cette association, je n’avais pas d’argent, donc je décide de lancer la marque Maison Château Rouge.


Quels sont vos projets de développement ?

On en a beaucoup ! Déjà quand j’ai commencé, je n’ai fait qu’une seule pièce, ensuite on a été contacté par le concept store Merci donc j’ai fait des pièces en plus en proto pour les présenter. Elles ont été validé donc je les ai ajouté à la collection. En suite j’ai été contactée par le Bon Marché et j’ai encore ajouté des pièces.

Cela a fait une collection de 6 pièces avec différents motifs. Ensuite on a eu des demande d’acheteurs Japonais, Coréens etc… je me suis dit, OK, on va se structurer. Et là on présenté en showroom avec 6 pièces puis une trentaine et cet été on a présenté 50 pièces et petit à petit ça augmente ! Là ça y est on entre dans le rythme de la Fashion Week et l’équipe s’agrandit.

Ensuite on a pas mal de belles collaborations à venir dont je ne peux pas encore parler.

Sur la vie associative, on essaie de développer beaucoup plus de choses, notamment une maison de couture au Sénégal d’ici 2019.


La mode est un secteur en pleine mutation. Comment imagine tu celle de demain? Quels sont pour toi les futurs vecteurs d'innovation ?

On a la chance de vivre une période ou plein de chose ne vont pas mais aussi une période où on peut tout changer. Il faut que les gens soient conscients de ça, la fois sur les habitudes de consommation, sur la question de la production, comment réinventer la mode, c’est très important ! On voit d’ailleurs l’émergence d’une tendance comme le recyclage avec l’up-cycling et de plus en plus de marques qui le font, même dans le luxe.

Je pense qu’aujourd’hui, lorsqu’on va lancer une marque, après le circuit de production, on va aussi penser à la manière dont on va réutiliser les produits pour créer un véritable cycle de vie.

L’autre bascule est au niveau mondial. La mode occidentale a toujours dominée mais ces derniers temps la mode des pays émergents prend de plus en plus d’ampleur. Maintenant avec les revaux sociaux et internet en général on peut être à Paris et voir ce qu’il se passe à Abidjan ou a New York et voir ce qu’il se passe à Tokyo. On a donc plus le monopole de la mode du Paris Milan Londres et New York ! Les fashion week se multiplient et de plus en plus de choses se passe en Amérique du Sud, au Moyen Orient…

Aujourd’hui tout est en train de se transformer et de changer au profit de cette ouverture et c’est super intéressant !


- Tu es un véritable modèle d'entreprenariat pour nos étudiants. Tu as su capter l'air du temps en termes de style mais aussi d'éthique et de développement durable. Quels sont, selon toi, les caractéristiques d'un business model réussi ?

Et plus généralement, quels conseils donnerais-tu aux futurs diplômés pour réussir dans le secteur ?

J’ai mis du temps à comprendre ce qui m’a, moi même, structuré. La première chose que j’ai apprise c’est qu’il n’y pas de petit métier. J’ai été préparateur de commande, j’ai nettoyé les toilettes à Acquaboulevard … Et chaque expérience professionnelle m’a appris quelque chose et cela prend du temps d’apprendre.

Quand je bossais dans le web, on d-faisait des sites internet. Et on mettait en ligne des versions beta, pas finalisées et qu’on ajustait en fonction des utilisations utilisateurs jusqu’a avoir le produit parfait. Et on a trop tendance à croire qu’il faut que tout soit parfait du premier coup et du coup on ne fait rien.

J’ai donc commencé comme ça, tout petit, puis j’ai adapté et augmenté. J’étais donc sûr de ce que je sortais parce que je savais qu’en face il y avait une demande et des gens réceptifs à l’offre proposée.

Dans la mode, c’est bien beau de faire de belle choses mais s’il n’y a personne pour les acheter… la créativité c’est bien mais il faut qu’elle soit lié à une dimension commerciale et qu’elle s’adapte à un marché.


- Quels sont tes impressions sur le fait d'être parrain de cette promotion ISEM ?

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

C’est un super grand honneur pour moi !

Je viens du 93, de Villepinte et d’être parrain de cette promotion et de me retrouver à Pantin dans le 93 dans une école de mode c’est très fort et très symbolique pour moi. Comme si la bouche était bouclé !

J’aime cette idée de transmission, c’est très important pour moi. Discuter, échanger, c’est quelque chose de primordiale. Je sais que si j’ai pu arriver ou je suis aujourd’hui, c’est grâce à toutes ces personnes bienveillantes rencontrées au fil de mon parcours, qui m’ont conseillées ou mon permis de prendre les bonnes décisions.

J’ai rencontrée des étudiants brillants, tous avec des potentiels énormes, c’est une école qui me ressemble avec des profils très diversifiés.


TA SENSIBILITE MODE

Quelles sont, selon toi, les marques du moment ?

Des concept novateurs et engagés comme la marque odé qui fait de l’up cycling en réutilisant des tissus anciens pour faire des chemises.

Marine Serre qui est d’ailleurs une ancienne d’Esmod, Coralie Marabelle dont le travail est également très intéressant, Atelier Bartavelle qui vient de lancer un projet qui s’appelle « Itinérance » pour lequel ils font le tour de la Méditerranée à la recherche de savoirs-faire par pays et développent des collections avec des artisans locaux et c’est hyper intéressant.

- La pièce maîtresse de votre dressing ? Le jeans !

- La personnalité qui vous inspire ? Mon père …

- Le comble du mauvais goût ? Il y a plein de chose qui sont de mauvais goût… (rire) mais quand j’y pense je me dit que ce que je prends pour du mauvais goût, ne l’ai surement pas pour quelqu’un d’autre. Bref c’est tellement subjectif !

- Et le bon goût c'est quoi ? D’être en phase avec soi-même.


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Youssouf was present for the end-of-year defenses of our 3rd year students and we took the opportunity to ask him some questions ...



- You have an atypical career ... from IT employee to entrepreneur in fashion! How was the transition? Remember us how the MCR story started.

Initially I started working at Crédit Coopératif, at IT, I met many actors of the social and solidarity economy, both companies but also associations such as the movement of "Colibris", Médecins sans Frontière, La Croix Rouge Française. They were clients I worked for. I realized at the time that I wanted to be part of a committed project, for me it was self-evident, it made sense. It's an approach that would give meaning to my life, to what I am, where I come from ... Then I was in a start-up Web and we made social networks for the big schools, we was a partner in an entrepreneurship contest for young students. So I met entrepreneurs, young students and I realized that finally it was not that hard to build a business, while for many it's something that seems to be hyper big and hyper complicated. I realized that it was often people who came from the same schools, business school profiles.

And I think we taught them that risk-taking and self-confidence thing. It's very important to understand the environment in which you live. I realize that every step of my professional career has led me to undertake. So I say OK, I'm French, I'm Parisian, I'm going to do a project with an impact in Africa but I also want to have a local footprint and that's why I settle in the district of Château Rouge. I buy my fabrics at the shop of the neighborhood and I produce in Paris. That's how little by little the brand is created. Without thinking that it was going to be a sustainable brand, I thought I would make 100 pieces and I will finance a project in Senegal and in fact it took very quickly!

- How would you define the concept of MCR? What are the keys to its success?

I do not know if we can talk about concept ... In fact it's a brand that looks like me. This is a brand that is Paris, by name, we all know Château Rouge, but what people do not know is that in Africa, everyone also knows Château Rouge! It is a neighborhood that is emblematic. So it speaks to both an African but also to a European, a French ... And internationally, Maison Château Rouge it sounds very elegant, very Maison de Couture. All this very quickly permits us to create something that was strong enough for us to have press fallout and all the capital sympathy that settled around the brand, its image and the communication and that make today its success. And we were also lucky to have made a product in sync with time and trend. It was necessary to find this balance. At the same time using these very colorful fabrics, with lots of patterns and a more urban cut, more "sporty" because it is hyper trend. But above all, to be on a committed project, because today, consumers are increasingly looking at what they buy, the way they consume and the ethical dimension take more room in the Act of purchase.


- MCR is not a simple business but a real commitment to you and your brother. Tell us about your association Les Oiseaux Migrateurs.

I was frustrated to witness helplessness of inequality. It is to manage these frustrations that we decide with my brother to launch in 2014 an association called Migratory Birds which aims to participate in the development of companies in Africa. Our parents came to France in the 70s and 80s, since they have a salary, they send a large part of their salary to the village to help the families who stayed behind. And we, once we were old enough to work, we also contributed to participate. That's good but it also has negative sides that make the local population dependent on the diaspora, and that's a big problem today because there is a lot of unemployment.

Then we know the situation of Africa and even if there are many associations and NGOs on site, there is not much evolution. In digging, we understood that one of the levers for sustainable economic and social development and development is entrepreneurship. By creating businesses and transforming raw materials, we create jobs and then create a virtuous circle. This is the goal of Migratory Birds. Initially I had to finance this association, I had no money, so I decided to launch the brand Maison Château Rouge.


- What are your development projects?

We have a lot! Already when I started, I only made one piece, then we were contacted by the concept store Thank you so I made more pieces in proto to present them. They have been validated so I added them to the collection. Then I was contacted by the Bon Marché and I added some more pieces. This made a collection of 6 pieces with different motifs. Then we had requests from Japanese buyers, Koreans etc ... I said to myself, OK, we have to be more structured. And there we showroom with 6 pieces then thirty and this summer we presented 50 pieces and little by little it increases! Here it is, we are in the rhythm of Fashion Week and the team is growing. Then we have a lot of nice collaborations to come which I can not speak yet. On community life, we are trying to develop many more things, including a fashion house in Senegal by 2019.


- Fashion is a sector in full change. How do you imagine tomorrow's? What are the future vectors of innovation for you?

We have the chance to live a period or a lot of things do not go but also a period where we can change everything. People have to be aware of that, both about consumption habits, the question of production, how to reinvent fashion, it's very important! We see the emergence of a trend like recycling with the up-cycling and more and more brands that do it, even in luxury.

I think that today, when we start a brand, after the production circuit, we will also think about how we will reuse the products to create a real life cycle. The other seesaw is at the global level. Western fashion has always dominated, but lately the fashion of emerging countries is becoming more and more important. Now with the social and internet in general we can be in Paris and see what is happening in Abidjan or New York and see what happens in Tokyo. So we no longer have the monopoly of fashion Paris Milan London and New York! Fashion week is growing and more and more things are happening in South America, the Middle East ... Today everything is changing and changing in favor of this opening and it is super interesting!


- You are a true model of entrepreneurship for our students. You have managed to capture the times in terms of style but also ethics and sustainable development. What do you think are the characteristics of a successful business model? And more generally, what advice would you give future graduates to succeed in the sector?

It took me a long time to understand what I, myself, structured. The first thing I learned is that there is no small job. I was an order picker, I cleaned the toilets in Acquaboulevard ... And every professional experience taught me something and it takes time to learn. When I worked in the web, we d-made websites. And we put online beta versions, not finalized and adjusted according to user uses until the perfect product. And we tend to believe that everything must be perfect the first time and then we do nothing. So I started like this, very small, then I adapted and increased. So I was sure that I was going out because I knew that there was a demand and people receptive to the offer. In fashion, it's nice to do beautiful things but if there is nobody to buy them ... creativity is good but it must be linked to a commercial dimension and that it adapts to a market.


- What are your impressions of being a sponsor of this ISEM promotion? What does this mean to you ?

It's a great honor for me! I come from 93, from Villepinte and sponsor this promotion and meet me in Pantin in the 93 in a fashion school is very strong and very symbolic for me. As if the mouth was curly! I like this idea of ​​transmission, it's very important for me. To discuss, to exchange, it is something of primordial. I know that if I could arrive where I am today, it is thanks to all the kind people met during my career, who advised me or my license to make the right decisions. I met brilliant students, all with enormous potential, it's a school that looks like me with very diverse profiles.

YOUR FASHION SENSITIVITY

- What do you think are the brands of the moment? Your must-haves?

Innovative and committed concepts such as the odd brand that makes up cycling by reusing old fabrics to make shirts. Marine Serre who is also an Esmod Alumni, Coralie Marabelle whose work is also very interesting, Atelier Bartavelle who has just launched a project called "Roaming" for which they are touring the Mediterranean in search know-how by country and develop collections with local artisans, it is very interesting.

- The centerpiece of your dressing room? Jeans !

- The personality that inspires you? My father ...

- The height of bad taste? There are lots of things that are in bad taste ... (laughs) but when I think about it I tell myself that what I take for bad taste, surely do not have it for someone else. It's so subjective!

- And what's the good taste? To be in phase with yourself.


THANK YOU YOUSSOUF FOR YOUR KINDESS...